N’hésitez pas sur la dose : prenez plusieurs de ces gélules jaune et rouge. Car la vérité est bien masquée : par les mensonges du gouvernement actuel d’abord, par les raisons de la désindustrialisation française ensuite.
Laurent Saint-Martin est ministre du budget. Il a été chargé d’expliquer aux Français que la vente de Doliprane à la Société d’investissement américaine CD&R était une excellente affaire et que l’Etat français a pris toutes les précautions pour que la souveraineté industrielle et sanitaire de la France ne soit pas violée.
Comme la plupart des Français le croient, Doliprane n’est pas un champion mondial de la chimie, d’abord parce que Doliprane n’est pas une entreprise, mais une filiale de la société Opella, elle-même partie du groupe Sanofi, et ensuite et surtout parce que les deux usines d’où sortent les cartons de Doliprane se contentent de conditionner en comprimés, poudres et gélules des molécules de paracétamol et de les mettre dans des petites boites en carton.
Mais jamais le paracétamol n’a été produit par Doliprane, ni par aucun laboratoire français à cette heure – bien qu’il y ait de nombreux projets lancés depuis le début de l’année 2024. Le paracétamol est produit en Chine…par le laboratoire français Seqens. Donc laisser croire que la santé des Français serait menacée par la transaction passée avec CD&R est un pieux mensonge, parce qu’en effet voilà des décennies que nous dépendons de l’étranger pour nous procurer des médicaments.
Mais le mensonge encore moins pieux est de prétendre que l’Etat a pris toutes les
dispositions pour garder la main mise sur Doliprane. CD&R a racheté 50 % des actions d’Opella, Sanofi garde 48% et l’Etat français 2%. C’est la très puissante Banque Publique d’Investissement, qui s’approprie toute l’épargne des livres A, qui a mis quelque 100 millions dans la balance. S’agirait-il d’une « golden share », d’actions en or, c’est à dire d’un droit de veto concédé à la BPI ? Pas du tout. Le seul avantage de ces 2% c’est d’avoir le droit de s’asseoir sur un strapontin au Conseil d’Administration, qui sera évidemment dominé par les Américains qui ont la majorité des actions.
Le ministre du budget ne nie pas le faible pouvoir qui reste entre les mains de l’Etat, mais cela permet à l’Etat de s’informer sur la marche de l’entreprise et éventuellement de prendre les mesures qui s’imposeraient.
Quelles mesures ? L’Etat français a le souci et de l’emploi, et de la souveraineté. Donc toute atteinte au droit des travailleurs de Doliprane serait paralysée, et toute revente à une autre société serait interdite. Nous voilà rassurés, sauf à préciser que dans le droit des affaires mondial la liberté contractuelle est la règle, de sorte que CD&R peut revendre ses actions à n’importe qui et à n’importe quel prix. Peut-être CD&R vont-ils valoriser Doliprane et revendre plus cher les deux usines concernées.
Cela nous étonnerait, parce que les entreprises qui prennent davantage de valeur sur le
territoire français sont très rares. L’attractivité industrielle de la France est un autre grand mensonge, même si le Président, le gouvernement, les parlementaires s’en gargarisent tous les jours : on ne peut pas désespérer Billancourt !
Il faut en effet aller à la racine du mal, et constater que non seulement l’attractivité est nulle voire négative, mais aussi que nos plus grands groupes industriels ont été rachetés par les étrangers ou ont disparu. La liste est longue, des noms jadis prestigieux ont été concernés et souvent perdus pour toujours : Alstom, Alcatel, les Chantiers de l’Atlantique, Latécoère,Péchiney, Lafarge, etc.
Le mal français c’est d’abord la fiscalité. Le coût du travail est renchéri par les prélèvements dits sociaux : la Sécurité Sociale est la plus coûteuse des assurances dans les pays de l’OCDE.
Le mal français c’est le « droit social » : un marché du travail sans aucune souplesse, la durée légale du travail hebdomadaire, le niveau du SMIC, la générosité des congés de maladie, on ne travaille plus très volontiers en France.
Le mal français c’est le syndicalisme irresponsable et peu représentatif des salariés, leur financement scandaleux, les conflits et les grèves d’une fréquence hors du commun, qui détruisent toute compétitivité.
Le mal français c’est la bureaucratie, le poids des normes et des contrôles, et le
fonctionnement médiocre des services publics, en grand nombre et en faible productivité.
Le mal français, c’est la confiscation de l’épargne par le secteur public et les lois qui
pénalisent la propriété et la transmission du patrimoine.
Le mal français, c’est la fuite des jeunes diplômés et des meilleurs chercheurs : la France perd son capital humain, donc sa créativité : Moderna est un laboratoire créé par Bancel, qui n’a pu exprimer ses talents à Lyon.
Dans ces conditions on comprend pourquoi les grandes entreprises industrielles ne sont pas attirées par les investissements en France, sinon pour acheter à vil prix des actifs qu’ils revendront à bon prix, et pourquoi les grandes entreprises françaises restantes travaillent essentiellement à l’étranger : LVMH, Essilor, L’Oréal, Total et…Sanofi.
On en revient toujours à ce théorème libéral : les pays qui réussissent sont ceux où règne la liberté. Les prix Nobel n’ont pas dit autre chose 1.
1 Cf. L’article de Jacques Garello dans la Nouvelle Lettre du 15 octobre 2924 (Fondamentaux) Les pays sont
riches quand leurs institutions sont libérales les lauréats du prix Nobel d’Economie ont démontré cette loi










