Jacques Garello n’est plus. Jeudi dernier le mentor et ami de tant d’entre nous, le professeur Jacques Garello, rédacteur en chef de la Nouvelle Lettre, est décédé à l’âge de 90 ans. Jacques Garello était professeur d’économie émérite de l’université d’Aix-Marseille. Depuis les années 1970, il a consacré sa vie à la cause de la liberté.
Il a été l’un des fondateurs de la Faculté d’économie appliquée en 1973 (Aix-Marseille, France) qui a formé des générations d’étudiants en… économie « non-marxiste » pendant près de quatre décennies.
Il est également le co-fondateur du groupe des nouveaux économistes en 1977 et de l’Université d’été de la nouvelle économie en 1978, rendez-vous incontournable de tous les libéraux du monde dans la belle ville d’Aix-en-Provence.
Il a également lancé la sœur européenne de l’Institute for Humane Studies (aujourd’hui IES Europe) en 1989 et dont les séminaires en Europe de l’Est, juste après la chute du mur de Berlin, ont accueilli tant d’étudiants enfin exposés aux idées de la liberté. C’était aussi un auteur et analyste passionné qui avait compris que l’économie, et le libéralisme, devaient être partagés avec le grand public par le biais de journaux (la nouvelle lettre, Le Meridional) puis, plus tard, de sites web et de blogs (libres.org, nouvelle-lettre). Il a travaillé d’arrache pieds pour cette noble cause, jusqu’à son dernier souffle : la veille au soir il donnait encore une conférence sur les liens entre libéralisme et catholicisme…
Le grand « Maître Jacques » a donné le goût de l’économie à des générations d’étudiants. Il leur a fait découvrir Bastiat, Hayek…, l’économie autrichienne, l’économie institutionnelle et la théorie des choix publics… C’était un esprit brillant et un conférencier fascinant et captivant. Son cours sur l’histoire de la pensée économique était considéré comme le meilleur cours de leur cursus par de nombreux étudiants. C’était un penseur à l’analyse aiguisée, doté d’un esprit de synthèse inégalé.
Son libéralisme était profondément humain, ancré dans l’éthique, et Jacques était un fervent catholique. Il comprenait parfaitement la notion de service, soulignant toujours le rôle de la responsabilité et de la dignité personnelles, ainsi que celui d’une véritable solidarité. Il n’est pas étonnant qu’il ait été président international du Lions’ club.
Jacques aimait la vie : la bonne cuisine, le bon vin – son couscous et ses barbecues étaient célèbres dans le monde entier ! – et la bonne musique de jazz – il était un excellent pianiste et un grand danseur ! Il a rejoint sa tendre Gisèle, partie voilà deux ans, ainsi que sa fidèle secrétaire générale de l’ALEPS, Jacqueline, partie seulement cinq jours avant lui et à qui il a consacré son dernier écrit.
La Nouvelle Lettre, oeuvre de sa vie, étant désormais orpheline, elle ne pourra malheureusement pas continuer et la rédaction remercie ses fidèles lecteurs.
Adieu Jacques et merci, merci infiniment.











Merci L’ami et le professeur en libéralisme et en Lionisme. Claude
En apprenant la disparition soudaine de Jacques Garello via la lettre d’information de l’IREF vendredi, j’ai été bouleversé. J’ai ensuite immédiatement pensé à Walter Bagehot, le plus célèbre des éditeurs du magazine londonien The Economist, et ce pour deux raisons. D’abord, parce que comme Jacques Garello, décédé quelques jours après avoir cosigné une tribune dans le JDD (que j’ai lue dimanche dernier), Bagehot tira sa révérence soudainement quelques jours après avoir publié un essai dans The Economist. Ensuite, parce que Bagehot aimait à répéter qu’il n’avait jamais vu quelqu’un pleurer la mort d’un économiste. Or, même si je suis à des milliers de kilomètres de la France depuis dix ans et que j’ai vu Jacques Garello pour la dernière fois il y a une quinzaine d’années, je suis certain que toute la communauté française de libéraux pleure sa disparition.
En légendant une photo où le socialiste John Kenneth Galbraith et lui, tous deux plus ou moins 2 mètres de haut, entouraient Milton Friedman, 1m60 de haut, George Stigler avait écrit : « All great economists are tall. There are only two exceptions, Milton Friedman and John Kenneth Galbraith ». Jacques Garello aurait mérité d’apparaître sur cette photo à côté de Friedman tant sa petite stature, comme celle de Friedman, ne l’a jamais empêché d’être un économiste d’exception. Aussi et paradoxalement, parce que Jacques Garello, le plus autrichien des économistes français, était en réalité, de par sa défense et sa promotion inlassables du libéralisme économique en France, le Milton Friedman français. On pourra certes regretter – comme l’a fait Serge Schweitzer plus haut – que ses très nombreuses activités et responsabilités faisaient de Jacques Garello davantage un idéologue qu’un « idéelogue » – si je peux me permettre ce néologisme. Mais on conviendra aussi que chacune de ses trop rares contributions scientifiques était d’excellente facture. En témoigne son article intitulé « Hayek’s Unconventionalism » écrit en hommage à son maître-à-penser, Friedrich Hayek, et publié dans le Journal des économistes et des études humaines dans un numéro commémorant le centenaire de la naissance de Hayek. J’avais traduit cet article en anglais et après avoir discuté de son contenu avec Jacque Garello à quelques reprises. Lors de ces discussions, j’ai eu le loisir d’apprécier encore une fois, et si besoin était, sa finesse intellectuelle et sa vivacité d’esprit.
Par-delà ses qualités intellectuelles indéniables, Jacques Garello était quelqu’un d’une grande affectuosité – il m’appelait « mon fils » durant les premières années que nous nous sommes connues – et, comme tout bon catholique qui se respecte, quelqu’un qui se souciait profondément du sort de ses prochains, ce pour quoi je ne le remercierai jamais assez à titre personnel.
Je présente mes condoléances les plus émues et sincères à Pierre, Vesselina et aux autres membres de la famille de Jacques Garello. Je souhaite aussi bon courage à ceux qui reprendront le flambeau dans la lourde tâche qui est la leur, celle de devoir remplacer quelqu’un d’irremplaçable !
Neel