Il n’y a pas encore eu de sondage sur les réactions des Français à la « conférence de presse » d’Emmanuel Macron. J’ai consciencieusement et courageusement écouté, pendant deux heures.
La plupart des Français vaquaient à leurs occupations : travail, enfants, déplacements. Il est donc vraisemblable que l’audience aura été faible : 10 % sans doute du corps électoral. De la sorte les réactions vont dépendre des émissions radios et télés, de la presse quotidienne et des réseaux sociaux. Je me fais donc un devoir de donner une information que j’espère sincère et objective.
Il y a néanmoins une appréciation très subjective, je le confesse : il n’a pas été aussi brillant que d’habitude, parce qu’il a souvent parlé comme s’il était en campagne électorale sur le marché de Versailles ou dans un meeting politique : avec acharnement et lourdeur il a traité « les extrêmes » de tous les noms, il a caricaturé, ridiculisé. Le candidat a effacé le président.
Quant au fond, le montage était d’une simplicité élyséenne : dimanche dernier la moitié des Français ont voté pour des extrémistes, et c’est un authentique danger pour le pays. Je vous ai compris, j’ai saisi le signal : vous étiez en colère, mais la colère appelle une politique, il faut revenir au quotidien. Je vous protègerai contre les extrémistes, et j’ai confiance en vous, ce peuple éclairé qui donnera une majorité d’élus de tous partis. Ensemble nous allons retrouver la paix, la prospérité et la démocratie.
La colère des Français était légitime : depuis quelques années nous avons dû relever des défis et notamment la guerre, Mais nous avons fait beaucoup : créé deux millions d’emplois (mais combien d’emplois ont-ils été supprimés ou masqués ?), renforcer la police, la justice, l’armée (mais on arrive au chiffre impressionnant de quelque 6 % du budget). « Le régalien prend du temps », dit le Président. Nous avons fait beaucoup pour l’écologie.
On va rattraper les retards, au cours des mois qui suivront, avec le soutien du peuple français. Le gouvernement actuel sera chargé de mettre en œuvre les objectifs prioritaires : réindustrialiser la France, mieux aider nos agriculteurs, accompagner la jeunesse, faire respecter les droits des enfants, améliorer l’accès à la santé. Emmanuel Macron a détaillé certaines des réformes urgentes : par exemple guérir les enfants de l’addiction à l’écran, donc « rebâtir notre école républicaine », interdire les téléphones en bas âge et fixer à 15 ans la majorité numérique.
Quelques problèmes actuels seront réglés : les échanges continueront en Nouvelle Calédonie, sans référendum, la loi révisant l’indemnisation du chômage sera appliquée dès le 1er juillet, une réforme de l’audio-visuel public sera organisée (mais pas pour ressusciter l’ORTF, précise-t-il) et il y aura enfin un « grand débat sur la laïcité », valeur majeure de la République. S’agissant de la sécurité, et au-delà de la croissance et de la formation des policiers, il faudra des peines plus lourdes : cela signifie-t-il que l’on va mettre les magistrats aux ordres du gouvernement ?
Enfin, et non le moindre, Emmanuel Macron a précisé ce que sera la cohabitation : elle ne sera pas «courtoise» (comme Chirac et Jospin 1997-2000). Il précise que le gouvernement issu du vote le 7 juillet n’aura aucun pouvoir : c’est le Président qui demeurera maître des services publics, il légifèrera par décret si le Parlement ne peut voter la loi. Malheur au peuple s’il ne donne pas à Macron la majorité dont il a besoin ! La dictature est annoncée.
Je vous laisse réfléchir à ces écarts de liberté, plus graves encore que les écarts de langage.
Je vous demande quelques heures avant de faire une prospective – si c’est possible. On ne pourra rien dire tant qu’on ne connaîtra pas qui seront les candidats et sous quelles étiquettes.










