La visite de Xi Jinping à Paris avait pour prétexte les 60 ans de relations diplomatiques franco-chinoises. Le Président français a accueilli l’actuel empereur de Chine suivant le protocole le plus discret possible : pas à Versailles, une entrevue à l’Elysée en compagnie d’Ursula von der Leyen, et une courte visite aux Invalides, enfin un diner à l’Elysée pour conclure, avant une journée de détente touristique dans les Pyrénées.
Le discours-bilan d’Emmanuel Macron a été très conventionnel : « le dialogue euro-chinois était plus que jamais nécessaire en raison de la situation internationale ». Mais les deux hommes d’Etat avaient bien leurs idées en tête. Xi-Jinping entendait détacher l’Europe de l’influence américaine, la Chine est disposée à investir sur notre continent, comme elle le fait déjà intensément avec la Serbie et la Bosnie Herzégovine (et bien sûr comme elle le fait en Afrique). Il est également désireux de voir le marché européen s’ouvrir davantage aux produits chinois, mais il est inquiet de la politique iranienne qui bloque le trafic maritime par le canal de Suez avec les Houthis.
Emmanuel macron cherche à ouvrir le marché chinois aux produits français et demande que les règles du jeu de la concurrence soient respectées dans les échanges réciproques.
Sur l’Ukraine, la position de Macron a été assez utopique : que la Chine n’aide pas la Russie et promette de ne pas lui vendre d’armement, et Xi Jinping se rappelle pour ce faire « les liens anciens qui unissent la Chine et la Russie ainsi que les efforts qui ont été déployés pendant des décennies pour stabiliser cette relation ».
Naturellement cette diplomatie est très diplomatique et très traditionnelle. Très diplomatique parce que la diplomatie est un art très difficile qui requiert de la part de ceux qui le pratiquent de ne pas dire la vérité, et d’avoir des informations étayées par des correspondants plus ou moins espions. Les diplomates ne peuvent parler de ce qui fâche. Donc, il est exclu de parler des droits de l’homme en Chine, du poids du Parti Communiste, du sort réservé aux Ouïghours[1], aux Tibétains, aux gens de Hong Kong et de Taïwan. Diplomatie très traditionnelle parce que le comportement d’Emmanuel Macron s’inscrit dans le droit fil du gaullisme : le Président est seul responsable, les relations avec l’étranger font partie du domaine réservé par la Constitution de la 5ème République.
Je trouve assez arbitraire et assez dangereux qu’il en soit ainsi. Même s’il l’a égalé en duperie et en mensonges, Macron n’est pas tout à fait De Gaulle.
Aujourd’hui la duperie consiste à dire tout et son contraire dans les affaires du Moyen Orient et de l’Ukraine. Au moyen Orient la France condamne le génocide d’octobre 2023 et s’inquiète de l’antisémitisme croissant mais elle insiste pour la création d’un Etat palestinien dont personne ne veut, ni Israël ni les pays voisins (à part l’Iran). En Ukraine l’Elysée se propose d’envoyer des troupes en uniforme, et propose que l’Europe entière soit sous protection nucléaire de la France, mais ces idées divisent profondément les pays de l’Union Européenne et/ou de l’OTAN. Ainsi ce qui caractérise la diplomatie élyséenne actuelle est l’improvisation et l’incohérence.
Ce n’était pas le cas pour De Gaulle. Certes il a menti autant que possible (« Je vous ai compris »)[2]mais il avait une diplomatie bien claire : mettre la France (et De Gaulle) à la tête de la troisième voie, celle des « non alignés » : ni les Américains ni les Soviétiques. Une troisième voie illusoire puisqu’elle a fait le jeu de Moscou, et elle a amené les peuples africains à subir la dictature de barbares depuis 1962.
Mais je me demande quel est le pays réputé libre qui confit la sécurité de ses citoyens à la décision d’un seul homme, si intelligent (ou réputé tel) qu’il soit. Une telle disposition n’existe que dans les dictatures – c’est d’ailleurs l’un des privilèges des dictateurs.
Je crois que la Constitution actuelle n’a plus rien de démocratique. Elle a d’ailleurs conduit la moitié des citoyens à se désintéresser totalement de la chose publique – ce qui était peut-être dès l’origine le but recherché.
[1] Les Ouighours présents en France ont déclaré que la visite de Xi Jinping était une « gifle pour leur peuple »
[2] Je vous recommande la lecture de l’ouvrage de Henri-Christian Giraud « Algerie : Le piège Gaulliste » Perrin, Ed : 2022










