Sur Antenne 2 hier au soir les téléspectateurs ont pu s’émerveiller de la victoire des rugbymen de Toulouse qui ont remporté leur sixième titre européen. Mais j’ai ensuite été curieux de voir quels étaient les vedettes, les scénaristes, les réalisateurs et producteurs qui allaient être couronnés par le jury du Festival. Sans occupation particulière à cette heure de la soirée j’ai eu la chance de rester près d’une heure et quart avant d’assister à un spectacle incroyable, mais dont vous allez mesurer toute la portée, qui va bien au-delà des frontières du septième art.
Le spectacle allait se terminer quand le jury a fait savoir qu’il avait accordé un prix spécial à Mohammed Rasulof. On a vu alors venir sur la scène l’auteur d’un film qui sort de l’ordinaire. Cet homme prend le micro sur la scène du Festival et il s’exprime…en perse, la langue de son pays. La traductrice donne son message.
Mon cœur est heureux de savoir que de nombreux artisans du film sont dans la salle « parce qu’ils ont pu s’échapper de leur pays ». mais aussi nombreux sont ceux qui sont actuellement « sous la coupe des services secrets de la République Islamique d’Iran ».
Mon cœur est triste : « Dans quel état vit mon peuple ? Chaque jour, chaque matin mon peuple subit les crimes d’un régime totalitaire qui a pris le peuple en otage. Tel est le régime de la République Islamique d’Iran ». « Il faut rendre hommage à toutes les jeunes femmes qui se battent avec un courage sans borne pour leur liberté ». « Les femmes, la vie, la liberté » : voilà les ressorts et l’objectif du film Avant de terminer, Mohammad Rasulof veut ajouter encore un mot : il sait que le lendemain sera condamné à mort et exécuté son ami Salimi, un artiste qui n’a pas su s’intégrer dans la culture de la République Islamique.
Dès que ce message se termine, je vois se produire quelque chose d ’inattendu et de grandiose : toute la salle se dresse et les applaudissements durent longuement.
Je n’en revenais pas ! Comment une assistance aussi bigarrée, aussi loin de la lutte pour la liberté et la dignité des êtres humains peut-elle marquer son enthousiasme sans aucune réserve, la spontanéité était personnelle, il ne s’agissait pas d’un mouvement de foule.
Alors, ma réflexion est triple :
1° Bien qu’à l’écoute toute la journée aujourd’hui je n’ai trouvé dans les chaînes courantes ni commentaire ni même mention de ce qui s’est passé à Cannes. Cette bonne et extraordinaire nouvelle n’intéresserait-elle donc personne ? Le JDD et quelques quotidiens de province (comme France Ouest) y ont fait allusion, mais les rédactions devaient sans doute prendre un repos bien mérité hier au soir à 21 heures.
2° Bravo pour le courage de Rasoulof, de son film et de ses amis. Qui ose dénoncer la responsabilité de l’Iran dans la guerre mondiale contre la civilisation ? Qui dit la vérité : un seul pays tient tête à l’Iran ouvertement : c’est Israël. A l’occasion de l’accident d’hélicoptère
de la semaine dernière les diplomates du monde entier se sont crus obligés d’envoyer des messages de sympathie à l’ayatollah Ali Khamenei et aux Gardiens de la Révolution1.
3° La spontanéité et la vigueur des réactions des festivaliers permettent de croire que « c’est du fond de l’abîme que jaillit la lumière ». On a accumulé tellement de stupidités, de mensonges et de crimes depuis quelques décennies qu’il y a place pour une salutaire lucidité, peut-être les gens du spectacle sont-ils les premiers conscients des dérives de la politique, des mœurs et des élites.
1la Nouvelle Lettre du 20 mai (Actualité). Dommage pour l’hélicoptère. Mais rien ne changera à téhéran










