C’est peut-être le début d’une déchirure plus profonde au sein de la Macronie.
Jeudi dernier, à l’occasion de la « Journée du Livre du Dimanche » Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, s’est permis de critiquer le projet de loi Darmanin et a souhaité que la Commission Mixte Paritaire (CMP) en revienne au texte adopté par le Sénat.
Dans la soirée s’est tenue une réunion avec Elizabeth Borne, elle a tourné au vinaigre au point que Bruno Le Maire est sorti fort en colère. C’est que Madame le Premier Ministre a mal supporté la liberté d’expression que s’est autorisée le ministre de l’Economie. Il n’a pas à s’occuper des domaines régaliens, et parler d’une loi qui concerne la sécurité, la police et la justice est l’apanage du Président, de la Première Ministre et des ministres concernés. Là-dessus Madame Borne déclare qu’elle a tout de suite téléphoné à Bruno Le Maire pour le tancer, et il serait revenu sur sa position. « Pas du tout, je n’ai reçu aucun coup de téléphone d’Elisabeth Borne » : à son tour il se met en colère.
Ce qui est intéressant c’est que la presse s’empare de l’affaire et qu’un certain nombre de journalistes se rangent aux côtés de Bruno Le Maire, dont ils vantent les talents d’écrivain, le sens politique, les diplômes obtenus, et la compétence : enfin quelqu’un qui pourrait sauver la macronie, et qui ferait mieux qu’Edouard Philippe et Renaissance. Il y a certainement quelque exagération concernant les vertus prêtées à Bruno Le Maire. Sa compétence à Bercy est celle des déficits croissants (d’ailleurs Madame Borne lui a rappelé qu’il ferait mieux de réduire les déficits actuels du budget), son sens politique l’a conduit à changer de camp et trahir les Républicains (comme Darmanin). Un commentaire souvent repris est que Bruno Le Maire était candidat au poste de Premier Ministre, et que l’Elysée ne serait pas contre. Peut-être aussi Bruno Le Maire et Emmanuel Macron craignent-ils qu’Edouard Philippe ne fasse pas le plein des voix potentielles. Nous voici donc déjà en 2017.
La moralité de la fable est que la majorité (relative) est en plein désarroi, que Madame Borne a mené ouvertement une politique de gauche qui a déplu aux électeurs centristes et de droite, et qu’il est en effet difficile, comme l’a fait sans cesse Emmanuel Macron, de jouer « ensemble » de la droite et de la gauche. Le gouvernement du verbe ne peut durablement masquer l’impuissance de l’action du gouvernement.










