Ainsi François Bayrou a-t-il été relaxé par le Tribunal Correctionnel de Paris alors que le Parquet, saisi en partie civile par le Parlement européen, victime des agissements du président du Modem, avait demandé de lourdes peines (y compris l’inéligibilité pour trois ans), mais avec sursis.
Ce n’est pas la première fois que François Bayrou est poursuivi pour des agissements délictuels, et ce n’est pas la seule personnalité politique mise en cause : entre autres Nicolas Sarkozy, Eric Dupont Moretti, Olivier Dussopt, et Marine Le Pen (elle sera jugée en décembre prochain).
Mais l’affaire Bayrou a une dimension politique très importante compte tenu du pouvoir qu’il exerce depuis des lustres. En 2002 c’est lui qui permet à Jean Marie Le Pen d’être présent au deuxième tour, il assure à la fois la victoire de Chirac et la défaite de Madelin. En 2012 il fait battre Sarkozy, Hollande est élu. En 2017 il est l’un des nombreux membres du Front Républicain et Emmanuel Macron lui doit bien quelque chose.
Ce « quelque chose » est assez complexe. D’un côté François Bayrou a toujours espéré et peut-être cru que le Président actuel le choisirait pour successeur en 2027. C’est assez naïf dans la mesure où il y a déjà au moins trois candidats présents dans la majorité actuelle : Gérald Darmanin, investi par Sarkozy, Edouard Philippe, président de Horizons, et Bruno Le Maire, investi par lui-même. Mais d’un autre côté François Bayrou rend depuis 2022 des services décisifs à Emmanuel Macron : à l’Assemblée il assure la majorité relative, il a soutenu Elizabeth Borne sans défaillance. Dans l’immédiat il peut assurer l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Tout en restant l’ultime décideur, Emmanuel Macron ne peut se passer de Bayrou. Et lui se croit indispensable, comme le prouve son opposition au choix de Rachida Dati, une sarkoziste inconditionnelle – et Bayrou n’aime pas celui qu’il a assassiné en 2012.
En quoi la démocratie est-elle victime de Bayrou ? C’est que les soi-disant représentants du peuple sont de moins en moins le reflet de l’opinion publique. Evidemment ce n’est pas nouveau, notamment dans un pays dont la loi électorale écarte toute proportionnelle pour le choix des députés. Mais on en arrive à avoir un Président élu avec moins de 20% du corps électoral et dont la cote de popularité est ridicule, et un gouvernement qui légifère avec le 49/3. La France vit dans un régime politique de pur despotisme, même si le despote se dit éclairé par la philosophie des Lumières, la Révolution (1793 de préférence) et les mythiques « valeurs de la République ». On en arrive ainsi au total mépris pour une classe politique qui se déconsidère en manœuvres, privilèges, corruptions, scandales.
Il est surprenant que le mal soit aggravé par un homme qui passe pour vertueux. Il a un fonds de clientèle électorale bizarre. Il a notamment une certaine audience dans les milieux catholiques, qui aiment bien la neutralité politique. In medio stat virtus : mais nous ne pensons pas que ne pas choisir soit une vertu politique, alors que le vote devrait être un choix de société clair pour les électeurs. Quelle est la position de Bayrou sur l’inscription de l’IVG dans la Constitution, sur l’euthanasie, sur la PMA ?
Il est vraisemblable que le pouvoir de Bayrou déclinera dans les prochains mois, même s’il est auréolé de l’éminente charge de Haut Commissaire au Plan. Le scrutin des européennes ne lui est pas favorable, Edouard Philippe ne fera pas de cadeau au Modem. Emmanuel Macron n’a plus de souci pour sa réélection, son objectif est de durer confortablement, donc la candidature ou le soutien de Bayrou lui importe peu. Enfin le Modem lui-même a déjà perdu de sa superbe après d’autres affaires (Benhamias en particulier) pour le même motif que celui qui a conduit François Bayrou en correctionnelle : usage de fonds européens pour financer le fonctionnement du Modem.
Soyons honnêtes : Bayrou n’est pas le seul à fausser la démocratie : c’est vrai de très nombreux politiciens, en France mais aussi dans tous les pays du monde dits « libres ». En réalité nous devrions explorer la solution de Hayek : la diarchie, bicaméralisme dont une chambre n’est pas élue, mais choisie (comme les académies). Ou bien nous devrions nous résigner à la formule de Churchill : « la démocratie est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres ».










