En France, c’est en général le mépris. « L’économiste ultralibéral de l’extrême droite », ou « l’homme à la tronçonneuse » : ce portrait est désormais convenu, et pas seulement dans les colonnes de Libération ou du Monde. Voilà en effet un homme politique, pourtant connu depuis des années, qui a été élu Président de la République Argentine avec 55 % des suffrages sur un programme de rupture avec le péronisme, avec l’inflation, avec la corruption. Sa promesse est de réduire et les dépenses publiques et la sphère de l’Etat : plus de ministère du genre , de la diversité, de la culture et droit des femmes, il prévoit de privatisé la santé et l’éducation : la tronçonneuse, c’est tout de suite une réduction de 5% du PIB dans la masse des dépenses de l’Etat[1].
Avant hier dimanche, comme le veut la Constitution, Javier Meili a reçu les insignes de sa Présidence, son adversaire malheureux a paraphé l’acte instituant Meili à la plus haute fonction du pays. Devant l’Assemblée Nationale qui a été élue avec l’ancien régime, il n’a eu aucune prévenance, il a tourné le dos aux députés pour s’adresser à une foule immense depuis le balcon. La liesse populaire n’a pas cessé toute la journée, avec des Argentins souvent venus de villes lointaines.
Mais c’est la liste des personnalités étrangères présentes à Buenos Ayres qui a surpris. Certains dirigeants étaient prévus, notamment des Latino-Américains qui avaient témoigné leur sympathie dès le début de la campagne : Bolsonaro, ancien président du Brésil que Meili avait cité souvent dans sa campagne, les présidents du Chili, de l’Uruguay, de Colombie, tous présentés par la presse française comme populistes d’extrême droite soumis aux ordres de Washington. Mais on ajoute aussi le nom du président du parti espagnol d’extrême droite Vox. Le roi d’Espagne était présent, le roi du Maroc avait apporté son soutien chaleureux, Après beaucoup d’hésitation Paris a envoyé Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publique, mais la grande rencontre était celle de Orbàn et de Zelenski Qu’allaient-ils faire dans cette galère, l’ami et l’ennemi de Poutine ?
Bien intentionnés sans doute quelques commentateurs allaient soutenir qu’ils allaient sans doute demander des crédits à Meili : demander de l’argent à celui qui fait la quête ! La presse a souvent été surprise de l’absence de Trump, dont on dit qu’il aurait téléguidé la victoire de Meili. Mais les deux hommes sont à l’opposé, puisque Trump est souverainiste et protectionniste alors que Meili compte surtout sur le libre-échange. Mais comme Trump n’est pas aimé en France autant coller Meili aux basques de Trump.
Tout cela n’est que mascarade politicienne. L’opinion européenne sur le Brésil a pris parti contre Bolsonaro en faveur de Lulla, communiste barbare et corrompu sorti de prison. Les rares gouvernants libéraux passent en revanche pour des extrémistes (de droite bien sûr). Il faut faire un bilan rigoureux des politiques menées en Amérique Latine : du Costa Rica à l’Uruguay c’est la liberté qui assure croissance, stabilité et lutte contre la pègre des producteurs et trafiquants de drogue.
[1] Cf l’article de Jacques Garello : Notre article du 19 août 2023 : Un président économiste ultralibéral d’extrême droite, Cauchemar pour la presse : Javier Meili pourrait être président de l’Argentine en Octobre.










