Unanimité dans la presse occidentale : les Russes ont manifesté avec courage leur amour pour Navalny seul opposant connu. Prisonnier dans un goulag au fin fond de la Sibérie, et victime (suivant les autorités) d’une « mort naturelle fatale » : il n’a pas été assassiné ni frappé, il a simplement été gardé dans une prison glaciale qui devait fatalement le tuer ; tout naturellement. Cette disparition fatale, banale, n’a pas été annoncée par la télévision officielle.
Cela n’a pas empêché des milliers de Russes de manifester, leur nombre et leur diversité (toutes générations mêlées) ont surpris. Poutine aurait-il enfin nourri quelque sentiment humain ? Certains se sont posés la question.
La réponse est pourtant évidente au vu de plusieurs faits. Tout d’abord la cérémonie dans la chapelle peu accueillante de l’église Icône Mère de Dieu n’a été réservée qu’à quelques membres de la famille (dont la mère de Navalny particulièrement active en la circonstance) et aux personnalités étrangères (dont les ambassadeurs des Etats Unis, de la France, de l’Allemagne, de l’Union Européenne), mais la femme et les deux enfants de Navalny qui vivent à l’étranger n’ont pas eu la garantie de pouvoir y retourner et n’ont pas pu revoir leur époux et père. D’ailleurs il n’a peut-être tenu qu’à la pugnacité de la mère du défunt d’avoir droit à une cérémonie, et celle qui a été organisée a été minimale, au point par exemple de ne pas avoir de corbillard pour transférer le cercueil (ouvert suivant le rite orthodoxe) de la morgue à la chapelle ; ni de la chapelle au cimetière lointain.
D’autre part la foule qui a manifesté a été entourée sans cesse de forces de police, des grillages la canalisaient et des portails de contrôle étaient installés pour déceler quelque objet métallique. Aucun débordement n’était possible, il y a eu peu de pancartes, même si les cris et les slogans ne laissaient aucun doute sur les sentiment nourris par ces Russes pour Poutine, sa dictature et sa guerre.
Finalement on peut expliquer la « clémence » de Poutine par son désir de rappeler que la religion orthodoxe est inscrite dans l’âme et l’histoire de la patrie, par opposition à l’Occident impie et dépravé.
Au total on peut conclure que la liberté dont quelques milliers de Russes ont joui était très surveillée.
Il n’en demeure pas moins que deux kilomètres de queue, les fleurs ; les chants, les cris et les slogans signifient que la flamme de la liberté est toujours entretenue dans ce pays. C’est du courage, d’abord parce que dans un régime totalitaire se singulariser, se faire repérer est un jeu dangereux, ensuite parce que les autorités avaient annoncé que tout débordement extrême vaudrait arrestation, et il y a eu en effet plusieurs manifestants arrêtés.
L’histoire nous apprend que la liberté est tellement ancrée dans le cœur des hommes qu’après des années, ou des décennies, ou des siècles de « servitude volontaire », la flamme de la liberté reparaît, et il se trouve des pionniers qui renverseront la dictature. D’ailleurs l’un des succès du marxisme a été de récupérer le rêve révolutionnaire. Nous devrions remercier Poutine pour avoir réveillé, avec le sort qu’il a infligé à Alexeï Navalny, la flamme et le goût de la liberté dans son pays. Surtout nous devons le remercier parce qu’il donne la leçon à tous les peuples qui jouissent encore de leur liberté : sachez la défendre, sachez la reconstruire quand elle est réduite et menacée. Nous devons garder à l’esprit la victoire que les Polonais ont remportée sur le communisme soviétique et le national-socialisme allemand. Les « divisions du Pape » dont se moquait Staline se sont mobilisées avec Solidarnosc, Lech Valesa et Jean Paul II lui-même. Et lorsque le Père Popieluszko a été enterré à Varsovie en 1984 les banderoles portaient cette maxime : « la vérité vaincra » .










