L’ardeur au travail est telle que le premier Conseil des Ministres complet s’est tenu un Samedi matin. C’est qu’il y a beaucoup de choses à faire pour sauver le pouvoir d’achat, l’emploi, le budget, les enseignants, les paysans et la planète, et une échéance constitutionnelle : le salon de l’agriculture. Pour l’Europe, l’Ukraine et le Moyen Orient, c’est à l’Elysée que çà se passe, pas à Matignon. Concernant l’Elysée nous avions prévu que François Bayrou en ferait des siennes[1], nous aurons le plaisir de le soutenir en 2027, après sa magnifique performance comme Haut Commissaire au Plan.
Il ne nous appartient pas de juger les personnes nouvellement embauchées. Mais notre devoir est de relever leurs idées et leurs compétences.
La palme revient sans doute à Madame Nicole Belloubet, ministre de l’Education Nationale. Elle prend la suite de Gabriel Attal et de Amélie Oudea Carreras, qui est licenciée sans l’être totalement puisqu’elle demeure ministre en charge du Sport et des Jeux Olympiques. On peut s’interroger sur la politique de l’Education Nationale, dont Gabriel Atal avait déclaré qu’elle était sa priorité – et c’était bien. En effet la dame a déclaré dans le passé être contre le costume en classe (nous aussi)[2], mais surtout laisser les enfants s’exprimer librement et établir eux-mêmes leur programme. De mauvaise foi évidemment les gens du Rassemblement National lui ont reproché d’avoir libéré 6.000 prisonniers quand elle a été Garde des Sceaux (elle avait succédé à Bayrou licencié pour conflit d’intérêt).
Dans un tout autre domaine nous remarquons notre nouveau Ministre délégué à la Santé Frédéric Valletoux, qui a été président pendant onze ans de la Fédération Hospitalière de France (FHF) qui regroupe la quasi-totalité des établissements publics de santé, soit plus d’un millier d’hôpitaux et 3 800 structures médico-sociales. Le choix est judicieux quand on sait que c’est l’incurie de la gestion des hôpitaux publics qui ruine le système de santé et que l’urgence est de libérer la profession de médecin jadis libérale (mais à qui on vient de faire l’aumône de 5 centimes par consultation).
Il y aurait, dit-on, un libéral parmi les Ministres délégués : Guillaume Kasbarian en charge du Logement. Il est bon que l’un des secteurs les plus en crise dans notre pays soit confié à un député de la majorité macronienne qui a déposé une proposition de loi pour condamner le squat, mais où sont les réformes libérales depuis sept ans ?[3]
En fait on trouve dans la composition du gouvernement un subtil équilibre entre des personnes qui professent des opinions tout à fait différentes. Cet équilibre est politique : on a gardé quelques ministres du Modem, dont les députés se sont détachés de François Bayrou et ont officiellement déclaré leur participation à la majorité actuelle. En revanche l’offre d’emploi aux sénateurs républicains n’a pas rencontré leur accord : le parti LR n’est pas mort. Vont cohabiter désormais des inconditionnels de Macron (Stéphane Séjourné, sans doute tête de liste aux européennes) des personnalités de la gauche radicale (Belloubet, Agresti-Roubache) et de la droite sarkoziste (RachidaDati) Ce qu’il faut respecter, c’est le « Ensemble », c’est-à-dire l’incohérence et le permanent changement de pied.
Enfin, et non le moindre, on relèvera quelques perles. Par exemple, pour s’occuper de l’Outre Mer il n’y a pas moins de cinqpersonnes, réparties en quatre ministères.Le titre de certains ministères ou secrétariats d’Etat est parfois poétique : Christophe Béchu est Ministre de la Transition Ecologique et de la Cohésion des Territoires, mais il a pour Ministre délégué Dominique Faure en charge des Collectivités Territoriales et de la Ruralité. Prisca Thevenot est en charge du renouveau démocratique, elle se coordonnera sans doute avec Sabrina Agresti-Roubache, Secrétaire d’Etat en charge de la ville et de la Citoyenneté.
Tout cela fleure bon la technocratie, la bureaucratie, bref : la politocratie.
Mais qu’importe ? La tâche était rude, le défi a été relevé en quelques semaines, et nous voilà partis pour de nouvelles aventures. Rappelons-le : l’essentiel est de durer tranquillement.
[1] Cf l’article de J.Garello Bayrou fausse le jeu de la démocratie dans notre pays Jusqu’à quand va-t-il garder son funeste pouvoir ? 5 Février 2024 Actualité
[2] Mais pour une autre raison : spectaculaire et populaire le port du costume ne règle pas le drame de l’Education Nationale, qui ne peut cesser que par la privatisation et la concurrence
[3] Nous pouvons indiquer au lecteur la publication par Contrepoints le 10 février d’une interview réalisée en Novembre 2023. On y trouvera en effet des accents libéraux incontestables : Gasparian a lu Bastiat, Tocqueville, Turgot et Hayek et il observe : « Dans un paysage politique dominé par le conservatisme j’ai constaté un manque de représentation libérale pleine à gauche comme à droite ».











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